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Recueil des poèmes arythmiques et autres plaisirs coupables

Éloge de la lenteur

 Lente n’a jamais été un mot qui m’a décrite.

Emportée, intense ou même épuisante — c’est ce qui me caractérise le mieux… 

Toujours aux prises avec mille et un projets, de nouvelles passions et d’activités sociales, les unes après les autres…

Et pourtant, pourtant — je dois le reconnaître.

J’aspire à cette douceur qu’on peut attendre de la lenteur.

Ce tic-tac qu’on entend de ces vieilles horloges à aiguilles, 

qui mesure le temps qui s’écoule…

Je me souviens de ces étés de jeunesse où j’avais le luxe de trop de temps.

Je voulais que ces aiguilles s’accélèrent et qu’enfin, je devienne une vraie adulte.

Et voilà, je le suis depuis un moment.

J’aimerais bien qu’elles reculent pour finalement avancer, mais à pas de tortue.

Alors consciente de ces instants éphémères et volatiles, je les savourerais mieux.

Mon café du matin, mon chat qui se colle, cette discussion tranquille avec mon chéri — tout ça aurait une odeur et une saveur bien différentes.

Si je retournais dans le temps pour les vivre plus doucement.

Cet été : je me fais une promesse, 

comme les nombreux serments pieux que je me suis faits (et souvent avec des résultats peu concluants).

Je vais prendre le temps de fainéanter avec mon amoureux, de boire du café, de flatter mes chats, de lire beaucoup et d’écrire un peu. 

Sans toute cette pression que je m’impose d’être

Toujours productive, rapide, efficace et efficiente — je prends une pause.

Un couple partage un moment doux avec des chats et des livres.

Je ne suis peut-être pas exceptionnelle

Triste titre, me direz-vous…

Mais, après tout, en dépit de toutes les phrases déjà faites dont nous nous abreuvons, les uns et les autres,

nous sommes atrocement et complètement ordinaires. 

Très peu d’entre nous appartiennent à cette classe d’humains dont la pensée et l’expression contribuent à construire un ailleurs meilleur.

Et force est de constater — reconnais-je, à demi-mot, avec cette construction hautement et tristement grammaticale,

je commence à croire ne pas en faire partie. 

Je suis ordinaire, et vous ?

Ma pensée peut être intéressante ou non, et vous ?

Je ne vivrai probablement nulle aventure particulièrement trépidante, et vous ?

Et vous, comment vivez-vous votre exceptionnalité ordinaire ?

Cela dit, même si j’affirme ces choses qui apparaissent malheureusement très amères, je n’en suis pas davantage acerbe. 

Car l’être nuit à apprécier la beauté de cette incroyable vie ordinaire :

Ces couchers de soleil violets,

Ce chat collé sur soi lors des siestes,

Ce café au lit, un samedi matin pluvieux,

Cette phrase lue dans un roman qui transperce l’âme,

Ce partenaire de vie, avec qui écouter des comédies romantiques et que tu regardes tendrement par la suite.

Tous ces moments sont uniques — dans la simplicité de ma vie ordinaire où je ne serais fort probablement qu’une écrivaine du dimanche…

Parce qu’en définitive, 

être heureux, n’est-ce pas aussi une question de choix — et, par le fait même, d’acceptation de sa condition ?

Bienvenue dans nos vies merveilleusement banales !

Alexia écrit

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