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Léna ouvrit ses rideaux ocre et soupira. Sa grisaille intérieure s’invitait également en ville. Son regard se porta vers la place inoccupée où demeurait une tasse, la sienne, abandonnée depuis presque un mois. Déjà quatre semaines sans explication. Les rêves d’une vie douce à deux s’évaporaient comme les promesses de chaleur estivale déjà dissipée. Son cœur se serra ; la jeune fille se retint de pleurer.  De toute façon, il n’était pas question d’être encore en retard au travail. Elle déposa son pull, qui l’avait tendrement enveloppée les dernières nuits. Avant de partir, elle recadra le portrait d’eux souriants et remplis d’espoir. 





Les premiers instants sous cette bruine mélancolique la glacèrent.  Le frimas de novembre et ses feuilles absentes du parc lui pesaient. Ses pas la portèrent comme pour fuir la froide laideur. Et pourtant, l’espace d’une seconde, sa manche ne luisait plus de goulettes ternes : elles reflétaient d’étranges éclats, parfois argentés, parfois dorés. Léna s’arrêta pour en apprécier la rareté du phénomène puis se remit en route vers son bureau. Un bonheur timide effleura ses lèvres.




 Le lendemain, elle ouvrit machinalement l’armoire, prit la tasse… puis la reposa, hésitante. Et inutilisée, en plus… de qui, déjà ? Son image se brouillait telle une aquarelle diluée par l’eau. Devant une chaise vide, n’est-ce pas risible ?  La jeune fille contempla la cité encore noyée sous la pluie et fut touchée par sa douceur. En chantonnant, elle s’arma de son parapluie pour côtoyer les arbres dénudés avec un entrain lumineux jusqu’alors oublié.  

Le surlendemain, Léna découvrit le petit bric-à-brac d’objets inutiles. Et pour quel usage ? Les vêtements amples et beiges ne lui seyaient visiblement pas. Elle les mit dans un sac pour les friperies et se débarrassa aussi des portraits qui encombraient depuis bien trop longtemps sa commode. 



 

Fredonnant des mélodies jadis négligées, la jeune fille parcourut joyeusement le chemin qui la menait vers son travail. La morosité de la saison ne trouvait désormais plus d’écho en elle.

À son retour, étonnamment, un jeune homme semblait la reconnaître et la suivait même. Son allure s’accéléra, mais il continuait. Sa physionomie ne lui était pas complètement étrangère. Il lui rappelait une photo de ces cadres qu’elle venait de donner. Il l’interpella même : « Léna, Léna ». Cette dernière se tourna, surprise d’être reconnue par quelqu’un qui lui semblait pourtant méconnu.




- Écoute, je suis désolé d’être parti sans t’offrir les explications que tu méritais.


- Vous devez vous méprendre. Je suis sûre de ne pas vous connaître. 


- Ce n’est pas drôle, Léna. Viens, on va boire un café.


- Je préfère éviter d’en boire avec des inconnus.


Sur ces mots, elle s’enfuit, le laissant immobile, hébété, d’avoir ainsi été effacé comme une trace sous l’averse. Les larmes du ciel cessèrent et le ciel s’illumina enfin par un sourire franc – comme celui de Léna qui ne se retournerait plus jamais.



Alexia écrit

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